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Antoine Emaz, nouvelle parution

Antoine Emaz publie un nouveau recueil aux éditions Unes, Passants.

 

L’ima­gi­naire poé­tique d’Antoine Emaz  est tou­jours aussi impres­sion­nant que para­doxal. Dans la pers­pec­tive d’amenuisement du lan­gage, elle s’éloigne de la ten­ta­tion gros­sière de trans­for­mer la poé­sie en une œuvre intel­lec­tuelle. Ici à l’inverse, l’Imaginaire parle à tra­vers une éco­no­mie de moyens en ouvrant sur un vide où le sujet est tou­ché d’une déli­ques­cence.
La poé­sie devient moins la réa­li­sa­tion d’un pos­sible qu’une « creux-ation » au sein d’« un drap / lourd d’écume et de sel » avec « du ciel un peu aussi / et dans les plis / les êtres / pas­sés /pas plus /des ombres /des bouts ». Et pas plus : nulle épi­pha­nie dans cette poé­sie, puisqu’à la fin, le texte comme l’être sera sans ave­nir et fait écho à ce que Beckett écrit dans Mir­li­ton­nades : “rien nul / n’aura été / pour rien / tant été /rien ». Les mots ne peuvent plus se gon­fler de valeur. D’où cette suite de mots mini­maux pris à porte-à-faux dans un mou­ve­ment qui ne met en déroute des vir­tua­li­tés au ser­vice de la présence.

Reste le monde du doute, de l’impossible où le “com­ment c’est” et “com­ment dire” demeurent des ques­tions sans réponses. La rup­ture touche le lan­gage. Il ne peut plus affir­mer là où il n’est jamais ques­tion d’envisager un ailleurs. Et si tout com­mence avec le mot et si l’aventure poé­tique est d’abord une aven­ture du lan­gage, la fin est de même nature. Pour le prou­ver, Emaz donne une réa­lité à l’indicible.

Jean-Paul Gavard-perret, source : http://www.lelitteraire.com/?p=36100

 

revenir seulement aux vagues

leur calme lancinant fatigué

à marée basse

leur énergie qui se replie

 

tirer dedans comme un drap

lourd d’écume et de sel

du ciel un peu aussi

et dans les plis

les êtres

passés

pas plus

des ombres

des bouts

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