Emmanuel FLORY

Emmanuel Flory est né en 1977 à Aurillac.
Lors de ses études de lettres à Clermont-Ferrand, il fait la rencontre de Romain Fustier et Amandine Marembert avec lesquels il participe à la création de la revue Contre-allées.
Depuis, son écriture se partage entre l'écriture de poèmes et la rédaction de travaux universitaires, dont une thèse de doctorat consacrée à l'imaginaire de la ville dans la poésie moderne.
Sur l'autre versant de toi-même
Tu effiles un jardin sans histoire
effeuilles des romans sans grains
C'est la trame de ton impatience
Il écrit, penses-tu
"dans l'espace de l'attente
mon corps mûrit pour toi
aux ombres justes du verger"
Dans la distance irréductible
Tout reviendra crains-tu
tes gestes de femmes nue
son difficile langage d'homme
perdus
dans l'intermittence des voix
Tu pensais tu te disais j’écrirai avec la pluie du
printemps dans la traîne du jour tu sais bien
c’est comme ça c’est ainsi depuis les commencements
je ne changerai rien qui déroge aux règles du jeu
les mots donnés les dés lancés pipés depuis la
première nuit le premier jour iront leur course
sans souci du hasard
ça ne pèse rien dans les plis du vent dans le
ressac des jours ça s’engouffre ça
ça n’a pas d’importance
tu n’y peux rien tout juste faut-il avant que
ça ne passe vite d’un revers de la main saisir
comme on fait un nœud à un mouchoir la chaleur
d’un soir qui décline le don d’une main qui
tarde à se rendre aux au revoir
une herbe entre les dents pour entendre le
souffle la musique du dedans parfois ça coupe les
lèvres ça érafle jusqu’au sang et sur ta langue le
goût des rivières sourdes des peurs qui serpentent
dans les veines à contre-courant tout ça à refaire
le chemin à l’envers les premiers mots les
premiers pas convalescent qui retrouve la force
de la pesanteur
Rien ne sert d’interroger
les lignes de ses mains
les plis au coin des yeux
Il prétend que son âge est égal
à la somme des lunaisons et
des précipitations de l'an
Son sang n'en dira pas davantage
il n'obéit qu’au rythme des rivières
et n’irrigue son cœur
qu’aux jours de grandes crues
Il dit :
« Ma mère c'est la pluie de mai
mon père la force des grands bois
je suis né entre chien et loup
un jour de sel et de givre
dès les premiers instants
j'ai eu sur la langue
le goût des choses sans nom
depuis je dors
entre deux lits de rivières
deux pages tournées par le vent »
« les mots sont leur demeure
il logent
dans le froissé des pages
se déplacent au gré
des rumeurs
Aux dernières nouvelles
on les aurait aperçus
qui suivaient la transhumance
des qu'en dira-t-on ? »
Lorsque tu liras ce message
les vents auront tourné
les pages blanchis
comme un mauvais lait
dans la marge
les mots ne diront plus rien
d'autres qu’eux-mêmes
Tout juste restera-t-il
sur le bout de
ta langue tes lèvres
comme un goût de sel
échoué d'une lagune étrangère

