Marie HUOT

Marie Huot est née au bord de la mer. Elle habite dans le sud de la France.
Elle écrit des poèmes parce que, croit-elle, la poésie est une des formes de connaissance du monde.
Une sorte de science inexacte qui cependant met la vie au carré, et l’être, en angle droit avec la terre.
C’est une façon de tirer la languette, pour ouvrir, et voir le caché, l’innommable, l’impalpable, le clos.
Sans raconter d’histoires. Sans être tenu d’en raconter.
Elle emprunte à Clarice Lispector sa profession de foi :
Je suis une personne qui a un cœur qui parfois perçoit, je suis une personne qui a prétendu mettre en mots un monde impalpable. Et avant tout une personne dont le cœur bat de joie très légère quand elle réussit en une phrase à dire quelque chose à propos de la vie humaine ou animale.
Elle a aussi publié des poèmes dans de nombreuses revues. Egalement dans des anthologies en France ainsi que dans des traductions, notamment en turc, slovaque, persan, islandais.
Elle a souvent collaboré avec des peintres et des graveurs pour des livres d’artistes.
Je l'avoue
J'épie votre parole
Ce n'est pas
Non ce n'est pas ça
Je la prends à bras le corps
Comme un immense cadeau
Que je ramène dans ma maison
Tu poses ton manteau noir
Et la nuit tout entière s'effondre dans la
maison
Il y a alors un grand désordre
De belettes d'oiseaux
D'animaux frileux
Les plus petits trouveront refuge dans les
boîtes à sel
Et déjà elle ramasse le bois mors
Le verre pilé
Et se coupe le visage
Elle est un Indien
Sa peau lacérée
Rouge
Ses peintures de guerre sont plus belles
A l'instant de la rage où il ne la voit pas
Que dans tous les mouvements
De la lutte où il l'entraîne
Le beau jour
Où la mer fera céder
Ses grandes constellations
La voile unique de tes petits bateaux
Sera une enclume blanche
Tu traceras le chemin
Et les animaux sauvages qui le suivent.
Ce jour-là
Le regard des hommes
Sera une racine amère
Qui partagera la plage
Et dans la voile inversée du marin
Ta solitude.
Marie HUOT, La Renouée, Editions courts et longues, 2018
La vie
des années durant
m'a poussée comme un petit air qui emporte les cheveux
m'a donné du souffle de l'élan.
Ce soir elle a couru devant moi
m'a dépassée
je la regarde un moment marcher à vive allure
puis je la perds de vue.
Ira-t-elle à la rivière pour dormir dans ma maison ?
Ma nuit a le mauvais œil
elle trimballe des idées folles
sur ses chevilles fines elle vacille et manque de pot
Ma nuit nomade cherche un feu dans le paysage
avec sa langue non parlée
elle voudrait qu’on la comprenne
et lui accorde asile
fût-ce à un petit carrefour triste
et sous la neige

