Maud THIRIA

Après des études en Droit tournées vers la bioéthique, elle s'oriente vers les Lettres modernes et rédige un mémoire sur la limite et l’illimité dans la poésie de Paul Eluard, sous la direction de Jean-Michel Maulpoix.
Elle publie deux livres aux éditions Æncrages & Co, Mesure au vide en 2017, Blockhaus en 2020 (Prix International de Poésie Francophone Yvan Goll 2021) et d'autres aux éditions LansKine, Trouée en 2022 (Prix René Leynaud 2023), Falaise au ventre en 2023 et des errantes en 2024.
Elle participe à une vingtaine de revues (Triages, Nunc, L’Étrangère, PLS, N47, Contre-allées, Diérèse, Thauma, Le Nouveau Recueil, Décharge, Phœnix, Europe), des anthologies et des livres d’artistes.
Lauréate 2019 de la Bourse Gina Chenouard de la SGDL pour Falaise au ventre, elle poursuit son travail d’écriture au cœur de paysages abrupts, urbains et naturels, interrogeant le rapport du corps au paysage. Autour de la mémoire et de la libération de la parole en résidence d'écrivain Île de France en 2021 à l'hôpital Bretonneau en service gériatrique et psychogériatrique. Autour des paysages que l’on habite et qui nous habitent à la Factorie - Maison de poésie de Normandie, et pour son projet Naître de partout, lauréat des Mondes nouveaux du ministère de la Culture en 2022.
Elle travaille également sur la langue auprès de publics en difficultés sociales et scolaires, de migrants et de réfugiés politiques et anime des ateliers d’écriture en collège et lycée, en école supérieure (École d'Architecture de Paris-La Villette dans le séminaire « Architecture, Milieu et Paysage ») et en prison (Maison d'arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis).
Elle fait régulièrement des lectures de ses textes sur scène, accompagnée de musiciens ou de projection vidéo, notamment à la Maison de la Poésie de Paris.
Ses sites : poésie https://maudthiria.com/ et traces https://thiriavinconblog.wordpress.com/
Lecture, mars 2024
Livres collectifs :
Anthologie ELLES, 43 poétesses, voix de femmes, voix féministes, Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2024
Anthologies du Printemps des poètes, 2022, 2023 et 2024 (éditions Castor Astral et Bruno Doucey)
Anthologie bilingue Peupler l’intempérie (français/espagnol) Venezuela/France, Fundacion La Poeteca, 2023
Anthologie bilingue (français/turc) Le Dactylo Méditerranéen, 2023
Catalogue des Mondes nouveaux, regroupant les 264 projets lauréats, éditions des Beaux-Arts, 2023
Anthologie du Serveur vocal poétique, 2022, 2023 et 2025 (éditions La chouette imprévue)
Éditions Monologue, Avant Midi, 2021
Livres pauvres et livres d’artistes :
Pour Daniel Leuwers avec Elisabeth Bard, Thierry Le Saëc, Jérôme Vinçon, Jean-Michel Marchetti, Daphné Bitchatch, Aaron Clarke
Pour Thierry Le Saëc aux Éditions de la Canopée Lucie, 1, 2, 3, avec des peintures originales de Judith Wolfe, 2022 ; Si un rayon me blesse je succomberai sur la mousse, avec des œuvres originales de Thierry Le Saëc, 2021
Revues :
Le Nouveau Recueil (depuis 2001) ; Remue.net (depuis 2020) ; Diérèse 68 ; A verse 12 ; Thauma 14 ; N47 30 ; PLS 7 ; Vif 1 ; La Forge 3 ; Phoenix (régulièrement) ; L’Etrangère 51-52 ; Décharge « voix nouvelle 2020 » ; Sarrazine ; Nunc 49 ; Contre-allées 41 ; Dissonances 39 ; Triages 33 ; La Canopée 33 ; 38 et carte blanche pour le no 39 ; Teste – véhicule poétique 48 et 50 ; Europe ; Carabosse ; Radicale
L'association Chez mon libraire qui fête ses 10 ans regroupe quelques 200 librairies indépendantes en Auvergne-Rhône-Alpes, l'une d'elles est forcément près de chez vous !

tu dessines dans l’air de la pièce où tu te tiens
ta rareté d’être par la manche
fantôme en ton vêtement trop
toujours trop
ta démesure
légère dans le vent tu pourrais
t’envoler plume plumetis chevillés au corps
ce collant tu t’en souviens
de bal sous les tonnelles
assise là sur un fauteuil
recouvert de toile plastique
comme ceux chez ta grand-mère
remontent en mémoire
un tissu doux où asseoir ta peau
tu ne sais pas où rouler
en quel lieu vers qui
juste ta bosse ton carrosse oublié là
échoué après minuit
tu dis
les mots avec le temps prennent la poussière
tu danses avec les mots
ça va loin les mots
surtout quand tu les perds
le terrain s’agrandit
ça labyrinthe ça méandre ça creuse
tu silence qui fait niche
dans l'antre griffée
des parois
le vide
creuse
et creuse encore
sa tombe en toi
dessous le sol
respire
à moins que ce ne soit toi
dessus
pas
encore
morte
sans plus de bouche pour
crier
de membres pour se
défendre courir échapper
seulement ne plus bouger
juste cet ordre mental
instinct animal
yeux vitreux bouche ouverte
corps raidi
faire la morte
tu es le visage
arraché à la nuit
ombre de tête
langue et front mêlés
lente saveur d'oubli
de salive et d'os
magma
boue propice aux larmes
…
sorcière folle nourricière
sirène sans jambe sans voix mais
corps et signe
épouse
les plis de la falaise
comme plis de robe
soulevée déchirée
robe tachée de fauve
dans la tempête en rage
- qui mange
la côte la dévore ? -
plissée de voile
mariée au vide
à bout de
falaise
poussée vers l’ouvert
où sauter
où rejoindre
les bouts morcelés
des côtes en toi
le désir d’être entière face
à la mer
en course folle
furie bavante bravant les flux
corps échoué
au perdant
emprunte
au rythme
incessant des marées
roulements et roucoulements
des galets aux oiseaux
tu rêves de plonger
aval et amont mélangés
face à face
peau à peau
cavités des falaises
où entendre l’écho
des cris d’avant ta nuit
fossiles de douleurs perpétrées
vois les mots placenta
gluants et noirs
qui y palpitent
ta langue n’y suffira pas à avaler
leur suie
prise dans ses couches
où suintent l’eau des vagues et des larmes
plis et vides
rides et fentes
s’épousent dans la roche
vois comme s’effritent ton pays et ta peau
là où la mer mord
devenue ventre caverne
où grondent le silence et le désir
tu portes au front la marque indélébile
de ce combat
l’immensité de la vague
et le souffle des galets
qui bourdonnent

