Miriam Van hee

Miriam Van hee est née à Gand (Belgique) en 1952. Elle vit entre Gand et les Cévennes françaises. Après des études de slavistique à l'université de Gand, elle exerce le métier de professeur et traductrice de russe. Elle travaille notamment au Hoger Instituut voor Vertalers en Tolken (Institut supérieur de traducteurs et interprètes) d'Anvers. Traductrice de Mandelstam et d’Akhmatova, elle a obtenu en 1999 le prix Triennal de Littérature de la Communauté flamande.
Elle se distingue des écrivains de sa génération par des inflexions tout à fait singulières et par un ton spécifique, de nature élégiaque, qu'elle a défini elle-même comme une hésitation entre se taire et parler. Des traits typiquement existentialistes marquent sa poésie première. Dans la poésie de Miriam Van hee toutes les expériences, l'inquiétude, et même le désarroi total, sont exprimées en sourdine. Les émotions humaines reçoivent une expression rassérénée grâce au langage de tous les jours et à des images directes. C'est cette délimitation explicite qui lui confère justement une dimension d'authenticité universelle.
Entre bord et quai, une lecture bilingue de poème de Miriam Van hee, en néerlandais par son traducteur Philippe Noble et en français par les élèves de la classe théâtre du Conservatoire Emmanuel-Chabrier :
Quelques poèmes de Miriam Van hee lus en français par Hippolyte Sève :
Présentation LECTURE EN PARTAGE proposée par Pierre à consulter via ce lien.
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quand l’attente dure trop
la joie prend un éclat chagrin
l’île se colorait de sombre,
de gris puis soudain de vert vif
comme on rougit et j’ai compris
que jadis on ait adoré le soleil
c’était comme de recevoir
l’attention de quelqu’un, même
si l’on était tout seul
nous montions à pas lents, plongés
dans nos pensées, nous passions le temps,
avec l’intensité des bêtes, les oreilles dressées,
le nez au vent, le présent
nous était donné
…tu cherchais des bolets
et des mûres, sans un bruit, comme si cela t’aidait,
mais ils ne se laissaient pas fléchir, les mots non plus, une
clochette lilas vibrait encore d’une gentille tape du vent
ils replient leur couverture, lentement, leur vie
un paquet beige ou couleur d’ambre, doux et rêche
à la fois, aux bords usés et lustrés, et ils
le posent sur l’appui d’une fenêtre, il y a plusieurs
sortes de chanceux, la nuit ils le déploient,
ils s’y enroulent et rêvent de leur pays
elles montaient un sentier boueux, calmement
entre des ormes défeuillés, et disparaissaient à la vue
derrière des draps rose pâle séchant sur la corde
au loin glissaient avec autant de calme la lumière
et l’ombre sur le granite bleu
largue enfin ta fatigue, cette barque dans la nuit
et viens, ne fais pas attention à ces impératifs
écoute, entends-tu dans la baie le clapot du ressac
que puis-je te dire
quand les arbres frémissants
s’enfoncent dans le soir et que
je suis triste et seule
de ces mots écrits dans la nuit ?
est-ce une illusion
pensais-tu, est-ce que tout
n’aura pas changé demain : toutes
les lignes défaites, le vent et la
pluie qui s’abattraient
sur les vitres et les larmes
dans les chambres sous le toit ?

