Philippe LONGCHAMP

Philippe Longchamp, né en 1939, a passé, après des études d’ingénieur, six ans dans l’électronique au Service de la Recherche de l’ORTF.
Ayant obtenu une licence de Lettres, il devient alors heureux enseignant de langue et littérature françaises en lycée, auprès de chaudronniers puis de secrétaires médicales.
À près de soixante-quatre ans et une dizaine de livres publiés – à présent épuisés -, il atteint la retraite.
Depuis, il en a publié une dizaine d’autres et s’occupe de poésie une grande partie de son temps.
Présentation LECTURE EN PARTAGE proposée par Nicole et trasncrite par Josette à consulter via ce lien.
Lecture, mars 2025
L'association Chez mon libraire qui fête ses 10 ans en 2025 regroupe quelques 190 librairies indépendantes en Auvergne-Rhône-Alpes, l'une d'elles est forcément près de chez vous !

On le sait bien : c'est le vent qui oblige à bouger, ainsi changent les lumières. Il y a toujours du vent dans sa tête et autour. Et dans son cœur du vent aussi, du vent dans les trous de son cœur qui est plein de creux pour qui cherche abri. Alors elle bouge.
Le ciel résiste encore avec du rouge au front, avant que
le crépuscule bleu épuise à la fin son sang.
Ici faut tranquillement compter les cyprès et les tombes,
trouver leur éternité douce, compter à voix basse pour
que les lèvres s’y retrouvent, en attendant chaque soir
la tombée des consignes, les couleurs et les gestes nécessaires du lendemain.
Les songes des dormeurs débordent
des fenêtres. À leurs vacarmes
d’ouragans, à leurs rires d’anges,
il manque le son. Quelques-uns
s’aventurent dans la surprise,
et sentent déjà palpiter
les pleines veines de la ville.
Quelques-uns sont seuls et ensemble.
Pendant un moment, on peut choisir d’être seul, aller
ainsi au plus creux, au-dessous des ronces, loin dans le
très obscur, là où les énigmes nouvelles commencent
à vous séduire, leurs grands yeux dans le noir fardés à
la poudre d’or…
On voudrait aller marcher là où sont des galets à perte de vue, accorder son pouls à la ténacité du ressac, ramasser de quoi pour les colères. Faudrait au moins caillasser les bons usages, le bon sens, les bons sentiments, et toute la gouvernerie de bon aloi.
Ils ont nagé longtemps.
Ils se sont allongés sur les rochers, à cuire dans
le soleil. À un moment, elle l’a embrassé, beaucoup,
caressé un peu, et lui elle.
Il voudrait des mots comme des ancres.
Il se demande s’il a de la glaise au fond du crâne.
Il y a dans le bas du ciel toutes sortes de dorures, puis des violets et des rouges et des mauves éclatants, puis des roses soutenus, des bleus gris, des lanières parme et gris rose qui s’amenuisent et n’en finissent pas, puis juste des clartés où l’on invente un infime reste des couleurs du feu.

